Le jour, Pénélope tissait sa toile. La nuit, Pénélope défaisait ce qu’elle avait fait le jour. Tous les jours, toutes les nuits elle ne faisait ses gestes que 1944_penelopepour préserver sa fidélité à son mari parti guerroyer au loin.

Nous ne connaissons Pénélope que parce qu’elle est la femme du principal héros de la mythologie grecque. Cette femme n’

existe que pour attendre éternellement le retour de son héroïque  mari, pour incarner la fidélité de l’épouse et l’amour inf

ini. Etre la femme d’Ulysse est un véritable sacerdoce et son existence ne vaut que parce qu’elle est l’épouse d’Ulysse et la mère de Télémaque.

Ce prénom serait-il prédestiné ? Pénélope Fillon serait-elle la nouvelle Pénélope de la mythologie, condamnée à n’être connue que parce qu’elle est la femme du candidat à l’élection présidentielle emporté dans une tourmente médiatique sans précédent ?  N’existe-t-elle que pour incarner un manque de probité supposé de son époux et sa supposée inconséquence ?

Plusieurs voix se font entendre aujourd’hui pour plaindre Pénélope Fillon qui semblerait être victime de sa situation personnelle de « femme du » candidat à l’élection présidentielle. C’est oublier d’une part qu’elle est directement concernée par le feuilleton diffusé sur les ondes actuellement et d’autre part qu’elle a toujours été dans le sillage de son homme politique de cœur.

Lors de son interview de mai 2007 pour un journal anglais, Pénélope Fillon dit bien ne pas être l’assistante de son mari mais en même temps elle dit l’accompagner dans les campagnes électorales, l’écouter dans le fond des salles lors des meetings politiques et, plus encore, le représenter en qualité de maire auprès d’association. Pénélope Fillon est donc avant tout « la femme de » François Fillon et elle a publiquement joué ce rôle en toute connaissance de cause.

Dans ces conditions, comment ne pas être aujourd’hui au cœur de la tourmente ? Pénélope Fillon n’est pas seulement la femme d’un homme politique ; elle est aussi son soutien. Elle ne s’est pas exclue de la vie publique pour se protéger comme peuvent le faire certaines femmes (ou maris) de personnes publiques (politiques ou non)  qui tentent de se démarquer de leur conjoint en s’isolant, voire en se cachant, pour ne pas être assimilées au personnage public incarné par leur conjoint et par là perdre une partie de leur identité au moins socialement parlant. Etre « la femme de… »,  c’est alors accepter de l’être jusqu’au bout « pour le meilleur et pour le pire » selon la formule consacrée.

Pour ma part je m’interroge sur la capacité des juges à établir la vérité. Les preuves attestant de l’effectivité du travail ou de sa non effectivité risquent en effet de manquer. Mais après tout, peu importe ! Même si Pénélope défait la nuit ce qu’elle fait le jour, « faire et défaire, c’est toujours travailler ».

mytav