photocampingLe conseil municipal de Châlons-en-Champagne, par délibération du 8 février 2017 a autorisé Monsieur le Maire à signer un protocole d’accord pour clôture anticipée du contrat de délégation du service public pour la gestion Camping et pour la cession du camping à la société Aquadis Loisirs, actuel gestionnaire.

Depuis le 1er mai 2010 la gestion du camping municipal a été confiée par délégation de service public d’une durée de 15 ans à la société Aquadis Loisirs. A l’époque, la ville avait fait le choix d’une délégation de service public car elle considérait que des contraintes de service public pesaient sur cette gestion telles que la remise aux normes de l’équipement et surtout la création de 50 places d’accueil ouvertes tout au long de l’année sous forme de mobil home. 

Aujourd’hui il semblerait que ces contraintes ont disparu puisque la ville de Châlons est prête à vendre le camping à la société Aquadis pour la somme de 615 000 €. Somme modique puisque l’estimation du service des Domaines s’élève à 934 950 € !! soit un cadeau de 319 950 € fait par la ville à l’acheteur sur le dos des contribuables !!!

 Benoît Apparu explique cette largesse par le projet d’investissement présenté par l’acheteur qu’il devrait réaliser entre 2018 et 2023 pour un coût estimé de 500 000 €. Le maire prétend garantir la ville de la réalisation de ces investissements au motif que  l’acte de vente comprendra trois clauses :
- une clause d’affectation d’usage de camping pendant 15 ans
- une clause de maintien de la classification du camping au moins à 4 étoiles pendant 15 ans
- une clause de garantie de réalisation des investissements par l’application de pénalités forfaitaires pour un montant maximal de 300 000 €.

Une réunion publique a eu lieu le 6 mars en présence d’un public nombreux, principalement les riverains du camping.

Après l’exposé du projet de vente par un élu de la ville, les personnes présentes se sont insurgées contre le manque d’entretien du camping depuis la reprise par Aquadis : haies non entretenues, voie d’accès parsemée de nids de poules, suppression des fleurs à l’accueil, tas de feuilles et de branchages non enlevées, accueil d’un nombre excessifs de vendangeurs dans des conditions insalubres, qui provoquent  des nuisances et font fuir les touristes…


Le public présent a fait part de son incompréhension devant le cadeau fait à l’acheteur par la ville qui brade le bien public et devant l’organisation d’une réunion publique postérieure à la décision du conseil municipal ; tout semble être d’ores et déjà plié.

Devant cette gestion du dossier du camping nous pouvons nous poser plusieurs questions. En premier lieu, pourquoi l’entretien du camping n’a-t-il pas été surveillé par la ville depuis le début de la DSP ? En effet, la délégation ne signifie pas l’abandon du service mais suppose des contrôles stricts du délégataire qui se doit de respecter le contrat conclu avec la ville.

Dans ces conditions, pourquoi Aquadis respecterait-il ses engagements dans le futur alors qu’il ne l’a pas fait depuis 2010 ?

20090702_CM-AGoze-CampingPourquoi vendre un patrimoine important pour le dynamisme de la ville, alors que l’évolution de celui-ci  est positive ces dernières années (+ 37 % de nuitées et + 23 % de chiffre d’affaires) ?

Pourquoi un tel cadeau à cette entreprise ? Pourquoi ne pas renouveler la DSP avec de véritables contraintes de service public clairement affirmées et la négociation d’engagements fermes avec le délégataire ? Et pourquoi ne pas attendre la fin de la DSP pour se poser la question de la vente ?

Une fois la vente devenue définitive, comment la ville pourrait imposer le respect des clauses d’exécution des investissements si ce n’est éventuellement que par un recours contentieux long et coûteux ?


Que deviendra le camping à l’issue des 15 années identifiées dans les clauses de la vente ? Continuera-t-il à être un camping ? ou le propriétaire préférera-t-il valoriser le terrain et le vendre ? Mais comme le terrain du camping est en zone rouge du PPRI et ne peut être vendu en terrain constructible, le propriétaire pourrait envisager de le restituer à la ville en lui faisant payer le prix actuel des domaines pour « racheter » les investissements qu’il aurait réalisés ?

La ville prétend qu’elle ne dispose pas de 500 000 € à investir dans le camping et qu’il faut confier le camping à un vrai professionnel du tourisme. C’est oublier que la procédure de DSP permet de faire porter des investissements par le délégataire soit par le biais d’une concession ou d’un affermage avec clauses concessives. Dans ce cadre, le délégataire porte les investissements qui sont amortis sur la durée du contrat et qui reviennent en fin de contrat à la ville. Dans ces conditions, la ville garde la maîtrise de son outil touristique, définit les contraintes de service public, bénéficie du professionnalisme de l’entreprise privée et optimise sa gestion financière par le portage des investissements par le délégataire.  La DSP permet en outre de mettre en concurrence les opérateurs du secteur pour bénéficier de la meilleure offre. Mais il est vrai qu’elle impose aussi un suivi, un contrôle rigoureux pour assurer la qualité du service public ; la ville de Châlons semble préférer se débarrasser du service plutôt que de l’optimiser.

Il est bien désolant de constater que la ville ne fait pas grand cas d’un élément  important de son patrimoine auquel les châlonnais sont très attachés, qu’elle n’a que très peu d’explications pour motiver cette vente.

Elle dispose de millions d’euros pour la redynamisation du centre-ville mais ne peut pas investir 500 000 € dans un outil indispensable au développement touristique de la ville.

A ce propos on peut d’ailleurs s’interroger sur la véritable ambition politique des majorités municipale et intercommunale en matière touristique ; alors que la ville de Châlons-en-Champagne dispose d’un patrimoine remarquable notamment sur le plan architectural et urbanistique, la majorité semble en faire peu de cas, ne développant pas l’activité touristique et massacrant le grand jard, élément du patrimoine environnemental majeur.

 Martine Thibert et Mytav